On parle souvent de fracture territoriale, de colère des campagnes et de villes. Très bien. Mais on évoque plus rarement ce qui les alimente : l’érosion du lien social au quotidien.
Récemment, Le Monde consacrait un article à la disparition des cafés-tabacs. En vingt ans, la France a perdu 18 000 de ces lieux de sociabilité. Dans 22 % des communes concernées, lorsque le dernier établissement ferme, il ne reste plus aucun espace pour se retrouver. Ce n’est pas un détail. L’étude montre que cette disparition progressive fragilise le tissu relationnel local et nourrit, avec le temps, un sentiment d’abandon chez les habitants.
Le parallèle avec les structures associatives est évident : centres sociaux, espaces de vie sociale, crèches associatives, associations de développement social local. Dans certaines communes, elles constituent, à l’instar des cafés-tabacs hier, les derniers lieux de vie partagée. Les derniers espaces ouverts à toutes et tous. Et pourtant : combien de centres sociaux fragilisés ? Combien de crèches parentales sous tension financière ? Combien d’espaces de vie sociale maintenus par des équipes à bout de souffle ?
On en parle peu. C’est une crise silencieuse. Mais que deviendrait une société privée de ces structures et employeurs associatifs ? Le secteur, c’est 1,5 million d’associations actives, 1,8 million de salariés, des millions de bénévoles. Dans de nombreux territoires ruraux ou périurbains, les structures de l’économie sociale et solidaire figurent parmi les derniers services réellement accessibles à toutes les familles, tous les citoyens. On y entre sans condition de revenus, sans logique de rentabilité, sans filtre.
Imaginons un instant ce que signifierait le recul massif d’un secteur qui emploie 1,8 million de personnes : des centaines de milliers de citoyens moins accompagnés, des emplois non délocalisables supprimés, des territoires encore un peu plus fragilisés.
Comme pour les cafés-tabacs, chaque fermeture associative produit un effet cumulatif. Un lieu de rencontre en moins. Moins d’interactions ordinaires. Moins de solidarité. Moins de capacité à faire collectif.
À l’approche des municipales de 2026, la question est politique : les structures associatives continuent-elles d’être traitées comme des variables d’ajustement budgétaire ou seront-elles reconnues pour ce qu’elles sont – une infrastructure essentielle à la cohésion des territoires et au bien-être des citoyens ?
Soutenir les associations de proximité et leurs employeurs n’a rien d’un geste symbolique. C’est préserver les conditions minimales pour que la vie collective tienne. Alors, ne laissons pas disparaître les associations et donnons-leur une visibilité.
Odile Bordier,
Présidente d’Elisfa.
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